1786 - Abbé Nicolle de la Croix.
Tonkin - Les Habitans de ce Royaume sont en général bien faits et d'une taille médiocre. Ils ont le teint basané, les cheveux noirs longs et épais : ils se noircissent les dents & regardent les dents blanches comme une difformité. Le pays est si peuplé, que si laborieux que soient les Tonquinois, on voit néanmoins parmi eux beaucoup de pauvres réduits à vendre leurs enfans, & se vendre eux-même pour se procurer le nécessaire. Les Tonquinois sont actifs, adroits, ingénieux, amateurs des Sciences, civils et honnêtes aux étrangers, sur-tout envers les Négocians. Les Grands sont fiers et hautains, et les soldats insolens. Le petit Peuple est fort adonné au larcin, quoique qu'on le punisse sévèrement. La poligamie y est permise. Leur Religion est assez semblable à celle des Chinois, qui reçoivent un tribut de ce Royaume.
On ne peut rien voir de plus magnifique que l'enterrement de ses Rois: celui des particuliers est aussi à proportion fort pompeux, & accompagné de feux d'artifice. Ils mettent sur le tombeau des morts quantité de viandes & de confitures, s'imaginant que les défunts s'en servent. Leurs Prêtres ont soin de les entretenir dans cette erreur, & font si bien leurs affaires que le matin il ne se trouve plus rien sur la tombe.
Cochinchine - La Religion dominante du Pays est la payenne, & la même que celle des Chinois, dont ce Royaume était autrefois tributaire. Il s'y trouve un grans nombre de Temples magnifiques. Les Chrétiens y ont aussi un assez bon nombre d'Eglises fort médiocres. Ils assistent au Service divin avec une piété exemplaire. Leurs femmes y sont trés-modestes; elles ont une dévotion solide & sans hypocrisie. Les Payennes même sont dignes de louanges en plusieurs choses. En général les Cochinchinoises sont peu favorisées du côté de la figure & de la taille. C'est une beauté parmi elles d'avoir les dents noires, & des ongles fort longs; mais leur voix est trés-agréable & presque semblable à une douce musique; elles ont beaucoup d'éloquence naturelle, un grand amour du travail, une industrie merveilleuse, & une extrême insinuation. Elles font presque tout ce que les hommes font en Europe; elles labourent la terre; elles pêchent, elles font le commerce en gros & en détail; mais elles ne se mêlent jamais du Gouvernement ni de la guerre : ces occupations regardent uniquement les hommes, qui trouvent dans leurs femmes, un soin & une attention parfaite pour ce qui concerne le ménage.
Les Conchinchinois sont doux, francs, d'une aimable simplicité en tout. Les gens de condition y reçoivent une assez bonne éducation ; ils sont trés civils, affables avec les Etrangers, fort graves devant le peuple; d'une grande droiture dans l'administration de la Justice, qui se rend avec beaucoup de promptitude, & sans frais.
Le Royaume de Ciampa, au Midi, est empli de bois et de déserts. Le terrein est sablonneux & ingrat; mais en récompense, ce petit Royaume est rempli d'un grand nombre de Chrétiens trés-fervens.